Épisode 01 · Marseille

La Navale

Au poids de la ferraille : le Griffon et la mémoire maritime de Marseille

Par Studio Récitales · Octobre 2026 · 6 min de lecture

Prise de parole au micro lors d’une rencontre

Parc Chanot, fin septembre, Foire de Marseille. Entre les cuisines équipées et les démonstrateurs, il y a quelque chose qui n’a rien à faire là : une coque jaune de près de huit mètres, treize tonnes, des hublots ronds comme des yeux. C’est un sous-marin. Un vrai, descendu à six cents mètres sous la Méditerranée.

Il y a quelques années, il a failli finir découpé au chalumeau, vendu au kilo. Derrière lui, il y a tout ce que Marseille n’a pas sauvé.

« On a raté une super occasion, qui malheureusement a été un scandale. »

Daniel Frot, directeur de La Navale

La mémoire vivante de la réparation navale

Pendant plus d’un siècle, Marseille n’a pas construit les bateaux : elle les a réparés. Pétroliers, paquebots, cargos venaient se mettre au sec dans les formes de radoub, ces immenses bassins qu’on vide de leur eau pour poser le navire à nu.

Quand les chantiers ont fermé, à la fin des années 1970, des anciens ont refusé que ce savoir disparaisse avec eux. En 1982, ils fondent La Navale. L’association garde aujourd’hui plus de cinq cents pièces au pied de la forme numéro 7 : un scaphandrier « pieds lourds » baptisé Jojo, et même une malle contenant l’un des premiers scaphandres autonomes conçus par Cousteau et l’ingénieur Émile Gagnan.

Le Griffon, sauvé de la casse

Le Griffon entre en service en 1974 dans la Marine nationale, au sein du Groupe d’intervention sous la mer, à Toulon. Il va chercher ce que la mer a avalé, puis, en 1976 et 1977, il explore les fonds profonds autour du parc national de Port-Cros. Il plonge près de quarante ans avant d’être désarmé en 2011.

En 2019, il est mis aux enchères à Avignon. Personne n’enchérit : ni musée, ni collectivité, ni collectionneur. Un ferrailleur le récupère au prix du métal… et a le scrupule de prévenir La Navale.

« C’est donc un casseur qui l’a pris au prix de la ferraille. Il a eu l’intelligence de nous contacter. »

Daniel Frot

Au poids de la ferraille

L’histoire du Griffon finit bien. Celle de l’INPP, non. À la Pointe Rouge, l’Institut national de plongée professionnelle formait depuis 1982 des plongeurs du monde entier, jusqu’à la plongée à saturation. Liquidé en 2024, son matériel est dispersé : caissons hyperbares, cloches à plongeurs, partis chez un ferrailleur pour 15 000 euros.

Quelques années plus tôt, en 2018, c’est le musée de la Marine et de l’Économie, au Palais de la Bourse, qui fermait. Ses collections sont aujourd’hui conservées dans des réserves, à l’abri, mais loin des regards.

« Les populations, et notamment les jeunes, n’ont même plus connaissance de ce qui a existé. »

Daniel Frot

Un faiseur de mémoire

À la Foire, les visiteurs restent bouche bée devant le petit sous-marin jaune. C’est tout le projet de La Navale : faire du Griffon un aimant, et raconter derrière lui les soudeurs, les chaudronniers, les scaphandriers, les mécaniciens.

Car l’enjeu n’est pas que patrimonial. Il n’existe plus de formation aux métiers de la réparation navale à Marseille : les jeunes qui en rêvent partent à Saint-Nazaire, à mille kilomètres. Une école serait prête à venir, nous dit Daniel Frot, à condition qu’on lui trouve un terrain. La balle est dans le camp des décideurs.

Soutenir La Navale

La Navale est installée au bord des bassins de radoub, à la forme 7, dans le 2e arrondissement de Marseille. Les visites se font sur rendez-vous. L’association est d’intérêt général : vos dons, qui l’aident à restaurer le Griffon, ouvrent droit à une réduction d’impôt.

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